« Comme des garçons », 50 ans après !

La sortie du film « Comme des garçons », dont le lancement officiel a eu lieu ce mardi 17 avril à Reims, est l’occasion pour les pionnières du foot féminin et Julien Hallard, le réalisateur du film, de revenir sur un parcours sportif incroyable effectué par des femmes dans le milieu footballistique. Rencontre avec les pionnières et l’équipe du film (photo Elodie Sainte).

Si le foot était auparavant un sport d’hommes il s’est largement ouvert aux femmes depuis les années 1960. Un sport qui s’est féminisé dans plusieurs pays européens avant de se développer en France en terre rémoise. Le film « Comme des garçons » de Julien Hallard (sortie le 25 avril 2018) raconte l’histoire de cette ouverture d’esprit. Un droit pour les femmes qui a été compliqué à obtenir, mais encouragé par un homme Pierre Geoffroy alias Paul Coutard dans le film. Ce journaliste de l’Union (alias le Champenois) se charge de la kermesse de son entreprise avec l’idée de faire jouer des femmes. Richard Gaud, alias Doudoune, a soutenu Pierre Geoffroy dans cette action et était avec les journalistes le lundi 16 avril dernier. Même si le film est romancé, c’est avec une émotion particulière qu’il nous a parlé de Pierre Geoffroy décédé en 1993. « Pierre était un très bon journaliste, direct et droit dans ses bottes. Lui et le président du Stade De Reims ont travaillé ensemble pour accueillir les féminines au sein du club rémois. D’ailleurs, il a profité de son poste pour écrire beaucoup à mon goût pour l’époque sur les féminines. Quand il écrivait des articles sur elles, on avait l’impression qu’elles étaient en coupe du monde excepté qu’elles débutaient » (rires).

Les exploits footballistiques des pionnières tombés aux oubliettes

Julien Hallard, le réalisateur, explique qu’il était « important de parler de ces pionnières qui ont fait quelque chose d’incroyable, elles ont été 5 fois championnes de France dans les années 1970 et c’est tombé aux oubliettes. Mon film est plus une comédie romantique derrière laquelle je me suis caché plutôt qu’un documentaire, d’où le changement des noms, le désordre chronologique des faits, le côté « tête à claque » de Paul Coutard joué par Max Boublil ou encore, l’histoire d’amour entre le journaliste et une joueuse ».

Pour Michèle Monier, Gigi Souef et Isabelle Musset, les pionnières de Reims, l’aventure commence avec le recrutement par annonce dans l’Union de femmes footballeuses parue en juillet 1968. Michèle Monier se souvient de sa réaction en découvrant l’annonce : « Je vais enfin pouvoir jouer au foot avec des filles plutôt qu’avec des mecs voilà ! (rires) Il faut y aller. Il y avait 30 km à faire, je les ai faits et j’ai fait du foot. Ma mère m’a demandé ce que j’allais faire à Reims. Je lui ai dit du foot. Elle m’a dit tu es folle. J’étais tellement folle que ça a duré jusqu’en 1975 ». Isabelle Musset ajoute que la création du foot féminin et d’une section féminine à Reims « nous a permis de nous émanciper, car Pierre Geoffroy nous trouvait du travail à côté du foot pour que l’on puisse mener une carrière à Reims. On s’est construite autour d’un projet collectif et d’un objectif sportif ». Gigi Souef se rappelle des voyages. « Grâce à Pierre on a fait le tour du monde, on a fait des matchs dans beaucoup de pays. Ça a enrichi notre culture ».

Le film ambitionne d’être, à son échelle, un moteur essentiel du développement de ce sport dans le milieu féminin et c’est cela que les pionnières retiennent même si certains personnages sont caricaturés. « C’est sûr que ce film va faire rire pas mal de gens, mais je dis à partir du moment où on parle du football féminin c’est bien pour les filles d’aujourd’hui. Pour nous c’est fini, nous sommes à la retraite mais pour les jeunes qui arrivent c’est bien parce que beaucoup de gens iront voir le film. En plus l’année prochaine c’est la Coupe du Monde, et ça on la veut, on veut la gagner ! », ajoute Michèle Monier. Le film peut être un déclic pour des jeunes filles même si « aujourd’hui il est plus percutant que s’il avait été fait sur le hand ou le basket féminin. Les médias s’intéressent aux footballeuses, car elles sont maintenant érotisées. Les gens se disent elles jouent bien et en plus elles sont belles. C’est contestable, mais c’est mon point de vue », raconte Isabelle Musset.

50 ans après le lancement de la première section féminine, du chemin reste à parcourir pour la féminisation du football. Une féminisation que la Fédération Française de Football tente de diffuser sur son territoire aussi bien sur les terrains, qu’aux postes d’éducatrices entre autres. Aujourd’hui plus de 16.000 filles/femmes sont licenciées dans la région Grand Est, plus de 120 femmes ont le diplôme d’éducatrice ou le diplôme fédéral, presque une centaine de femmes sont arbitres et enfin, c’est environ 5000 femmes qui sont bénévoles dans le milieu du football. De quoi encourager les filles à intégrer les clubs de foot hors et sur les terrains…Alors mesdemoiselles, à vos crampons !

Elodie Sainte

La bande annonce du film (sortie nationale le 25 avril) :

Par Stéphane Heili

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